10. mars 2026

Je suis un homme...

Hiver comme été, le seul endroit où je pouvais être bien était sur les bords d’une rivière. Dès que je ressentais ce besoin d’être seul, le besoin de me détendre, je m’échappais de mon quotidien infernal pour m’y ressourcer.

À force, j’ai découvert des coins insolites et coupés du monde, des coins sans humains, ou presque. Des endroits où je pouvais être moi, sans que l’on me juge, sans que l’on me brime.

Je n’ai jamais pu être qui je voulais dans ma vie. J’ai été jugé, brimé, rejeté pour ma différence. Parce que je n’acceptais pas qui j’étais, parce que je voulais que l’on me voie comme un homme et non comme une femme. Mais je suis né femme, et ma famille, mon entourage et même la société ont tout fait pour que je reste cette femme.

Mais comment faire comprendre à ses proches que l’on se sent homme, que l’on n’est pas dans le bon corps ? J’ai dû prendre sur moi et enfouir cette partie de moi pour souffrir le moins possible. Mais plus je grandissais, moins je me sentais à ma place dans ce monde.

J’ai été frappé, humilié, violé : une punition afin que je comprenne, et que ce soit bien ancré en moi, que j’étais une femme. Mais non, rien n’y faisait. Je haïssais ce monde et n’avais que mépris et colère en moi.

Peut-être ne suis-je pas né à la bonne époque.

C’est cette souffrance qui a eu raison de moi. Par moments, je m’échappais et me retrouvais au bord d’une rivière. Le bruit de l’eau me calmait, m’apaisait. Mon imagination faisant son œuvre, je m’assoupissais et, dans mes songes, je refaisais ma vie en tant qu’homme.

Mais le retour à la réalité se faisait toujours plus dur.

C’est au bord de l’eau que j’ai pris la décision de partir de ce monde. S’il ne voulait pas de moi comme j’étais réellement, alors je n’avais aucune raison de rester. Rien ni personne ne me retenait.

Là où je suis maintenant, je suis un homme. Je suis qui je veux être, et je suis un beau jeune homme. Ici, personne ne me juge. Personne ne me regarde de travers, ne m’insulte ni ne me frappe. Je sais et j’ai conscience qu’il me faut continuer mon chemin, mais je suis tellement bien en ce moment que je préfère prendre le temps plutôt que de retourner souffrir dans ce bas monde.

Un jour je serai prêt, mais pour le moment, laissez-moi profiter.

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